Critiques, frustrations et inquiétudes au congrès de la CGT

Publié le par Espiel71 Militante

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C'est avec soulagement que Bernard Thibault et la direction confédérale de la CGT ont accueilli, mardi 8 décembre, le vote en faveur du rapport d'activité, avec 77,3 % des voix. Malgré de nombreuses critiques formulées la veille et le matin même, le bilan de la direction sortante a donc été validé par une forte majorité des délégués du 49e congrès, réuni à Nantes.

Comparé au précédent congrès, le pourcentage des votes en faveur du rapport d'activité est en léger recul. En 2006 à Lille, ils étaient 82 % à voter pour, 18 % contre.

Reste que le résultat de mardi ne saurait occulter les problèmes qui ont été soulevés durant la journée. La salle de la Beaujoire, stade historique de l'équipe de football des Canaris nantais, a résonné des interventions des délégués les plus durs à l'encontre de Bernard Thibault et de son équipe mais aussi de ceux, plus conciliants qui, sans attaquer frontalement la direction, ont exprimé leurs inquiétudes sur l'avenir du syndicat.

UNE ORIENTATION DÉNONCÉE

A 9 h 25, mardi, c'est le candidat virtuel Jean-Pierre Delannoy, métallo du Nord et porte-parole d'une opposition mieux structurée que lors des congrès précédents, qui a ouvert le feu : "Le véritable danger, ce n'est pas le débat mais l'orientation proposée par la direction sortante", a-t-il déclaré, en essayant de démontrer que sa candidature au poste de secrétaire général était "légitime", même si, au regard des statuts, elle ne peut aboutir.

S'il a été sifflé lorsqu'il a dénoncé une CGT "syndicat d'accompagnement du système actuel", M. Delannoy a été applaudi par une grande partie de la salle au moment où il a réclamé le "retour aux 37,5 années de cotisation pour les retraites dans le secteur public". Il a été à nouveau salué en déclarant que "ce n'était pas avec des mobilisations tous les trois ou quatre mois, qu'on allait faire reculer le gouvernement et le patronat".

UNE STRATÉGIE TROP FLOUE

Cet argument, beaucoup de délégués l'ont repris, sans être nécessairement affiliés à l'opposition historique qui déplore "l'abandon de la lutte des classes" par la CGT. "Nous sommes retombés dans des conflits défensifs", se sont plaints les syndicalistes des chantiers navals de Saint-Nazaire, relayés par Sophie Duquesnes des métaux des Pays de la Loire. "La direction aurait dû être plus offensive après la deuxième journée d'action du printemps", a regretté Alain Le Maux (construction, Morbihan) quand Sophie Lacaze (syndicat des journalistes des Echos à Paris) a demandé : "La grève serait-elle devenue taboue à la CGT ?"

Nombre de délégués ont aussi critiqué le flou des revendications avancées par la confédération. "Il faut être plus offensifs dans nos revendications", a réclamé Gérard Bousteau, cheminot à Chartres. "Mobiliser ne peut se faire que sur des objectifs clairs, sans ambiguïté", a plaidé Alain Roques, de l'INRA (Loiret). "Qu'attendons-nous pour élever le niveau de la lutte pour élargir le mouvement ?", a résumé Laurent Delaporte, des ports et docks du Havre.

Le besoin d'être éclairé sur la stratégie de la CGT était très présent dans le congrès. Certaines interventions ont aussi ciblé l'engagement de la CGT dans la Confédération européenne des syndicats (CES), véritable bête noire de ceux qui, en 2005, avaient milité pour le "non" au traité constitutionnel européen. Son secrétaire général, John Monks, présent mardi à Nantes, a été en partie sifflé. Tout comme l'a été aussi, par une petite partie des délégués, le nom de la CFDT.

DES SANS-PAPIERS OVATIONNÉS
Le congrès a aussi fait une longue ovation aux travailleurs sans papiers, dont trois sont délégués au 49e congrès. Mais ils étaient une cinquantaine sur la tribune pour entourer Mondibou Traoré, "du Mali, 31 ans et dans une société de gardiennage depuis huit ans".

Durant de longues minutes, celui-ci a dénoncé les conditions faites aux sans-papiers, dénonçant le "ministre des reconduites à la frontière", Eric Besson. "Les travailleurs sans papiers ne demandent qu'une seule chose, c'est de cotiser, de faire partie d'un système", a-t-il dit, rappelant que, pour beaucoup de sans-papiers, c'était du "travail déclaré".

En répondant aux interventions des délégués, Daniel Prada, de la commission exécutive sortante, n'a pas hésité à se servir de l'enthousiasme du congrès à l'égard des sans-papiers. Réfutant "l'abandon des valeurs de la CGT par la direction", M. Prada a déclaré : "Merci Traoré, tu nous a apporté une meilleure réponse que je n'aurais pu le faire moi-même." Sur le fond des critiques, il a repris l'argumentation développée par Bernard Thibault la veille, dans son rapport introductif.

Ce dernier, en fin de journée, mardi, lors d'un point de presse, s'est satisfait des débats… et du résultat des votes, notamment ceux de la métallurgie, dont est issu l'opposant déclaré M. Delannoy. Vote favorable qui aurait été supérieur à la moyenne du congrès, s'est réjoui le secrétaire général de la CGT.

Publié dans Ce que je sais

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