Projection - Débat

Publié le par Espiel71 Militante

 

Le mercredi 28/04/10

À 19h30 à Longlaville

Maison du Peuple

Rue Politanski

« The Corporation »

Les Multinationales, la recherche pathologique du profit et du pouvoir.

Ce documentaire montre l'évolution des "Sociétés Anonymes" reprenant leur histoire depuis leur apparition avec la Révolution Industrielle où elles étaient conçues pour répondre au bien public mais furent détournées de cet objectif par la recherche du profit.

"De même que le requin est une machine à tuer, la Corporation est une machine à faire de l'argent."

A l'issue de la Guerre de Sécession, la Constitution des États-Unis est amendée pour accorder aux noirs les mêmes droits qu'aux blancs. Quelques années plus tard des avocats d'affaire revendiquent et obtiennent que les Corporations, « personnes morales », bénéficient des mêmes droits que les personnes physiques. L'évidence qu'on ne peut mettre une « personne morale » en prison n'est pas admise pour refuser ces droits.

Mais puisque le droit américain reconnait ces institutions comme étant des « personnes », pourquoi ne pourrait-on pas appliquer une grille d'analyse de syndromes psychiatriques  sur ces « personnes morales » ? C'est ce qu'on fait les auteurs pour aboutir à diagnostiquer que les Corporation ont le comportement de psychopathes dangereux !

Une personne « morale »

En droit, une personne morale est un groupement de personnes ayant une existence juridique, tout comme une personne physique (un être humain). Si l'entreprise a, légalement, les mêmes droits qu'un individu, pourquoi se conduit-elle de façon si peu humaine ? Les réalisateurs de ce film ont eu l'idée d'interroger un certain nombre de chefs d'entreprise sur les bonnes pratiques de gestion. Les réponses sont les suivantes :

  • s'occuper de l'intérêt de l'entreprise et de lui seul ;
  • ne pas faire assumer par l'entreprise de coûts pouvant être pris en charge par la collectivité ;
  • licencier de façon flexible afin de bien s'adapter au marché ;
  • etc.

Au milieu du XVIIIe siècle, l'entreprise émerge aux États-Unis comme une personne « légale », avec une personnalité juridique. Sur la base du 14e amendement de la Constitution américaine, passée à la fin de la guerre civile pour libérer les noirs de l'esclavage, « aucun État ne peut priver une personne de sa vie, liberté ou propriété », l'entreprise se verra consacrer les mêmes droits que les personnes physiques, mais avec des responsabilités et obligations moindres.

La pathologie du commerce, une étude psychiatrique du monde de l'entreprise

Parallèlement, les réalisateurs cochent les réponses à l'aune d'un manuel de référence de la psychopathologie : le DSM-IV, et il s'établit peu à peu sous les yeux du spectateur que, si l'entreprise a bien les caractéristiques d'un individu, ce n'est pas n'importe quel individu non plus, mais un psychopathe : égoïste, menteur, indifférent au bien-être et au respect d'autrui comme à ses malheurs.

Utilisant les critères diagnostiques de l'Organisation mondiale de la santé et du DSM-IV, outil de diagnostic standard des psychiatres et des psychologues, le documentaire dresse une liste de comportements anti-sociaux des entreprises dans le monde contemporain au travers de quatre exemples : comportement dangereux envers (1) les travailleurs, (2) la santé des êtres humains, (3) les animaux et (4) la biosphère. Le diagnostic final fait des entreprises des psychopathes.

Qui est responsable ?

Des interviews plus personnels montrent pourtant que cette caractéristique des entreprise ne constitue pas nécessairement un trait de leurs dirigeants. Ceux-ci se révèlent souvent au contraire intelligents et de haut sens moral dans le privé. Ce qui est en cause n'est pas l'entreprise elle-même, mais les règles du jeu qu'on lui donne, et qui la transforment en machine à créer ce qu'on nomme des externalités, des victimes indirectes de l'activité de l'entreprise.

Le film s'attache à la responsabilité et aux pouvoirs qu'ont les personnes impliquées à différents niveaux de l'entreprise, et pose le problème de la contradiction entre volonté humaine individuelle et logique de l'entreprise dont l'intérêt immédiat est le profit. Cette contradiction est exprimée au travers de différents témoignages et exemples, notamment le dialogue entre le PDG de Royal Dutch Shell et sa femme avec un groupe d'activistes (Earth First) venus manifester devant leur maison en déployant une banderole : « Assassins ». La réponse du couple ne fut pas d'appeler la police, mais d'engager un dialogue sur les différents problèmes pour lesquels ils partageaient les mêmes inquiétudes que les militants : droits de l'homme, environnement, etc.

La publicité au berceau

Le film s'attaque ensuite à l'utilisation qui est faite par les grandes entreprises de la psychiatrie pour influencer les habitudes d'achats des enfants dès leur plus jeune âge, ainsi que leurs parents. « Vous pouvez manipuler les consommateurs afin qu'ils veuillent, puis achètent vos produits, c'est un jeu » (Lucy Hughes, vice-présidente de Initiative).

La publicité atteint un tel niveau d'influence que des personnes se vendent comme panneau publicitaire pour financer leurs études, des entreprises peuvent acheter des villes ou la culture (par exemple, la chanson Happy Birthday appartient à AOL Time Warner).

La liberté de la presse ? ]

Le documentaire s'attaque ensuite à l'influence des entreprises sur les médias au travers de l'exemple des journalistes Jane Akre et Steve Wilson, licenciés par Fox News pour avoir refusé d'édulcorer un reportage sur les dangers, à la santé humaine et bovine, liés au rBGH, une hormone synthétique, utilisée aux États-Unis mais interdite en Europe et au Canada, qui augmente la production de lait.

Capitalisme contre démocratie

Au travers de différents exemples, le documentaire s'attaque à l'aversion des entreprises capitalistes pour les régimes démocratiques, que ce soit par la relation des entreprises américaines avec le régime nazi (création du Fanta Orange par Coca-Cola pour continuer de distribuer des boissons en Allemagne nazie, la participation d'IBM à l'organisation administrative des camps de concentration), ou la tentative avortée de coup d'État aux États-Unis contre le New Deal de Roosevelt (appelée en:Business Plot) par en:Smedley Butler.

Démocratie contre capitalisme

Des mouvements contestant le pouvoir illégitime des entreprises apparaissent sur toute la planète :

  • des entrepreneurs cherchent à créer des entreprises faisant du profit sans endommager l'environnement ;
  • des citoyens organisent un référendum contre les chaînes de restaurants ;
  • des Indiens s'opposent à la culture de riz génétiquement modifiés ;
  • des Boliviens luttent contre la privatisation de l'eau.

Il s'agit de victoires éparses mais impressionnantes contre de grandes entreprises agissant sur le plan mondial.

Le film se termine par une vue pathétique de pionniers de l'aviation trouvant la mort en pilotant des appareils mal conçus : ceux-ci n'avaient pas la portance leur permettant de voler indéfiniment, et étaient voués à s'écraser peu de temps après leur lancement (du haut d'une falaise ou d'un pylône), par épuisement de leur énergie potentielle. Les auteurs établissent un parallèle entre ces pionniers et notre société actuelle : si on ne la reconstruit pas sur des bases différentes, les entreprises pourraient nous conduire à la catastrophe par épuisement des ressources naturelles ou de l'environnement.

Se gardant de tout manichéisme et visant plus à solliciter chez le spectateur des questions qu'à fournir des réponses, ce film fait intervenir plusieurs personnalités et a été plusieurs fois primé.

 

 

 

Publié dans Ce que je sais

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