LA CRISE DU LAIT DE MAL EN PIS

Publié le par Espiel71 Militante


Sur un ton à tirer des larmes à une bonne normande, Sarko a profité de son interview télévisé du 23 Sept pour fustiger l'organisation du marché du lait en France. "Il est invraisemblable que les producteurs ne savent pas, au moment où ils livrent, le prix du lait." Ce constat de bon sens a fait hurler dans les étables car c'est une injonction de la Direction de la concurrence qui a mis fin, en juillet 2008, à une pratique en vigueur depuis des années. Chaque trimestre, les laitiers industriels (groupes privés et coopératives) se réunissaient avec les représentants des éleveurs pour déterminer l'évolution des prix.
Désormais, les industriels peuvent imposer leurs tarifs au paysan du coin. "Il est assez pittoresque d'entendre aujourd'hui le Président Sarko dénoncer cette situation, peste Thierry Roquefeuille, patron de la branche laitière de la FNSEA. C'est l'Elysée qui a poussé ce schéma libéral."

L'effet boeuf du ministre Barnier

La crise semble, de fait, avoir encouragé les conversations hâtives. Devant l'effondrement des cours, au printemps dernier, Michel Barnier plaidait pour le maintien des quotas laitiers européens. "Nous avons aujourd'hui les outils de maîtrise de la production que sont les quotas", lâchait-il, dix jours avant de quitter le ministère de l'Agriculture. Mais lors de la passation des pouvoirs, son successeur, Bruno Le Maire, lui balançait une belle vacherie : "Vous nous avez tracé le chemin. Nous suivrons le nôtre." Et, dans la foulée, il appuyait la suppression des dits quotas voulue par Bruxelles et programmée pour 2015.
Depuis, Le Maire a mis un peu d'eau dans son lait et a pris conscience, dit-il, du "désarroi" des agriculteurs, d'autant que la crise touche surtout, à ses yeux, "les paysans les plus dynamiques, les jeunes qui viennent de s'installer, ceux qui ont investi et appliquent des normes environnementales". Du coup, il assure tous ses interlocuteurs qu'il ne veut que du bien. Le système de régulation du marché du lait qu'il tente aujourd'hui de fourguer à l'Europe serait donc une version écrémée du système des quotas. Chaque année, des chiffres "indicatifs" de production et de prix seraiebnt fixés nationalement par le Parlement (en lieu et place de l'accord interprofessionnel interdit l'an dernier par la Direction de la concurrence) puis modelés en fonction des sitations locales. Chaque Etats européen serait libre d'adopter le même dispositif, ce qui impliquerait une "régulation européenne".
Il était temps : avec son assurance de haut fonctionnaire colonisant le Ploukhistan, Le Maire ne s'est pas fait que des amis. Pour une fois unanimes, les syndicats agricoles n'ont toujours pas digéré son soutien à la seule initiative européenne destinée à "réguler" les marchés : la reconstitution des stocks de beurrre et de poudre de lait. Près de 300 000 tonnes de poudre et 80 000 de beurre ont été achetées par l'Union Européenne et s'entassent dans les frigos comme aux premières heures de la politique agricole commune. Sauf qu'à l'époque ces excédents étaient acquis par l'Union soviétique...avec l'argent refilé par l'Europe. Aujourd'hui, plus question de vendre à perte aux pays étrabgers, les stocks devront en principe être écoulés sur le marché européen dès que la demande reprendra. "Ceal fera baisser les cours au moment où ils pourraient redémarrer",  râle par avance un syndicaliste. Retour à la case départ donc.

Le lait et l'argent du beurre

Outre les hésitations et les revirements des gouvernements, quelques chiffres expliquent la crise de nerfs des éleveurs. En 1987, le litre quittait la salle de traite pour l'équivalent de 30 centimes d'euro. Aujourd'hui, le tarif moyen varie entre 22 et 25 centimes, alors que le coût de production est élevé à 33 centimes (au bas mot). Dans le même temps, le nombre d'exploitations s'est effondré de 450 000 en 1984, à 93 000 aujourd'hui. "Non seulement les éleveurs vendent leur production au dessous de son prix de revient, mais ils ont le sentiment d'être marginalisés. C'est la seule profession qui ne permet pas de prendre de vacances, la seule aussi où l'on doit se lever tous les dimanches matin à cause de la traite", remarque Philippe Collin, secrétaire général de la Confédération paysanne.
Pour compliquer en core la donne, le lait est payé par les transformateurs en fonction de l'usage qui en sera fait et de la marge dont ils disposent. Ainsi Entremont, qui s'est spécialisé dans le beurre et la poudre, productions à faible valeur ajoutée, est au bord du gouffre et paie une misère ses 6000 fournisseurs. D'autres producteurs sont en revanche, assis sur de véritables fromages. Les boîtes qui fabriquent le beaufort et le comté, en Savoie et dans le Doubs, peuvent régler le litre plus de 40 centimes. Le yahourt est le produit le plus crémeux pour un industriel. Et pour cause : le prix du lait nécessaire à sa fabrication est inférieur au coût de l'emballage.
Autre inégalité : la taille des exploitations. Primo, les laiteries ajoutent au prix qu'elles versent une prime liée à la quantité fournie par le paysan. Les gros éleveurs sont donc avantagés par rapport aux petits. Deuzio, les dispositions fiscales favorisent les investissements lourds et donc les gros producteurs.
Bref, Pascal Massol, le patron de l'Association des producteurs de lait indépendants, à l'origine des actions spectaculaires de ces derniers mois, ne voit d'autre issue que de repartir à l'attaque.
La grève suspendue le 24 septembre, pourrait redémarrer, selon lui, dans les prochains jours avec le blocage des laiteries. Des défilés de tracteurs sont programmés dans toutes les grandes villes.
Et pourquoi pas " Péquenots parade" ? Nous sommes tous avec vous ! Tenez bon !



Publié dans Ce que je sais

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