A Pittsburgh, les manifestants : "On ne tape pas sur les boutiques de nos parents, mais sur les vitrines des banques"

Publié le par Espiel71 Militante

Pittsburgh (Etats-Unis) Envoyé spécial

Des manifestants déterminés, Pittsburgh en avait déjà connu, lors de la "casse" de la sidérurgie américaine, dans les années 1970, dont la brutalité avait eu des conséquences sociales effroyables. D'ailleurs, le président américain Barack Obama a choisi cette ville pour y accueillir le G20 précisément parce qu'elle symbolise la capacité à se régénérer après une terrible épreuve. Mais ces manifestants-là n'ont plus grand-chose à voir avec les ouvriers des fonderies d'il y a trente-cinq ans - hormis sans doute, justement, la rage.

 

Avant même l'arrivée des chefs d'Etat et de gouvernement, plusieurs groupes militants s'étaient donné rendez-vous, jeudi 24 septembre, aux abords du centre-ville, si cette expression a un sens dans une agglomération urbaine entrelacée de multiples autoroutes. Au total, 2 000 à 3 000 manifestants ont nargué quelque 3 000 policiers, harnachés comme dans Star Wars, mobilisés pour assurer la sécurité du sommet - donc empêcher les perturbateurs de s'en approcher. Dans leur quasi-totalité, ils représentaient deux mouvances. Les écologistes, d'abord, furieux de voir la lutte contre le réchauffement climatique, qui devait initialement être une des questions-clés abordées lors de ce sommet, renvoyée aux oubliettes.

Près du West End Bridge, célèbre pont au-dessus de la rivière Ohio, deux jeunes femmes appartenant à l'association locale Three Rivers Climate Convergence (3RCC) arboraient une banderole. On y lisait : "Réduction des émissions de CO2 maintenant !" Damon Moglen, directeur de la campagne de Greenpeace sur la menace " globale" que constitue le réchauffement climatique, expliquait que M. Obama "a gâché une occasion" lors de sa première déclaration devant les Nations unies : "Son discours reflétait une absence totale d'engagement sur un plan ambitieux de réduction des émissions" de gaz à effet de serre. Non sans avoir subi auparavant des jets de grenades lacrymogènes et les coups de bâton des policiers à cheval, ces adeptes de la résistance passive, qui arboraient souvent aussi le sigle historique des antinucléaires, se laissaient dégager sans trop de ménagement par les policiers.

Tel n'était pas le cas des adhérents de la seconde mouvance. Mobilisés sous la bannière d'un Projet de résistance au G20 de Pittsburgh, ceux-là défilaient derrière la banderole "Pas de renflouement pour le capitalisme". Qualifiés d'"anarchistes" par la police locale, ils regroupaient à la fois des altermondialistes, des anarchistes plus ou moins revendiqués et des adversaires sans concession du way of life américain : le roi argent et la reine consommation.

Le centre-ville abandonné

Souvent cagoulés, ou le visage enveloppé d'un keffieh, ils ont harcelé les forces de l'ordre des heures durant, quittant un lieu dès que les premières grenades lacrymogènes tombaient pour se retrouver à un nouveau point de rendez-vous. Ils s'en sont surtout pris aux symboles de la crise financière. Des vitrines de banques ont été brisées à coup de pierres, de nombreux distributeurs de billets aussi. Sur une chaîne de télévision locale, on a pu assister au dialogue entre une femme outrée par ces agissements et un manifestant qui lui a lancé : "Madame, on ne tape pas sur les boutiques de nos parents, mais sur les vitrines des banques." La dame en question n'a pas semblé convaincue. Sur la chaîne NBC, l'envoyé spécial se lamentait : "Le centre-ville a été abandonné à des bandes de gosses qui s'en sont emparés."

Equipés de véhicules anti-émeutes et avec le soutien d'hélicoptères de repérages tournoyant autour de la ville, c'est surtout contre les groupes de cette seconde catégorie que la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, et c'est parmi eux qu'elle a procédé a l'essentiel de ses interpellations.

"On n'a rien vu de pareil depuis Seattle", disait un officier de police sur une chaîne locale de télévision. Seatlle, en octobre 1999, avait vu affluer des dizaines de milliers de manifestants contre l'Organisation mondiale du commerce et l'imposition aux pays pauvres de ses règles libérales.

Publié dans Ce que je sais

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