ICI Paints ou AkzoNobel : dulux valentine la peinture

Publié le par Espiel71 Militante

24 septembre 2009

Les salariés des sites de Johnson Controls et de Rexel n’étaient pas encore en train de rechercher du travail qu’au printemps, une nouvelle fermeture était annoncée à Grand-Quevilly. Les noms d’ICI Paints ou d’AkzoNobel ne vous diront certainement rien. Mais si je vous parle d’une marque de peinture associée à une belle panthère noire ? Dulux Valentine… Il se trouve que la seule usine de fabrication des célèbres peintures est installée dans la zone industrielle de la ville depuis 1972. “145 nouvelles couleurs en 2009, de nouvelles boîtes plus petites, on innove ! L’usine est équipée de machines dernier cri. Nous sommes leader sur le marché,” rappellent fièrement les salariés.

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Le 12 mai, ils ont appris en comité central d’entreprise que le site de Grand-Quevilly allait fermer ses portes en 2010. Pour comprendre, il faut remonter un peu en arrière. Début 2008 le groupe néerlandais AkzoNobel rachète son concurrent ICI Paints pour 16,2 milliards de dollars, près de 11 milliards d’euros. Il possède déjà son propre site de production AkzoNobel à Montataire dans l’Oise et acquiert donc l’usine ICI Paints de Grand-Quevilly (134 salariés) qui fabrique la précieuse marque à la panthère mais aussi les peintures Corona. Le voilà avec deux sites de production et deux centres administratifs, l’un à Montataire, l’autre, celui d’ICI Paints à Asnières en région parisienne (80 salariés).

En 2009, il engage ce qu’on appelle une “réorganisation” pour “sauvegarder la compétitivité de l’entreprise” et décide de tout rassembler à Montataire. Officiellement pas de licenciement, mais un “transfert”, exactement comme pour leur voisins de Rexel : les salariés normands devront aller travailler à Montataire, à un peu plus de 120 km, de deux bonnes heures de voiture car il n’y a pas de voie rapide.

geraldine-200.1253786551.jpgIl ne s’agit pas de sauver une entreprise qui va mal. Le groupe se porte très bien. Dulux Valentine ne cesse de gagner des parts de marché, nous sommes très bien identifiés par les consommateurs. Notre entreprise est florissante, cela fait deux années de suite que l’on touche de l’intéressement et de la participation et cette année encore plus que l’année dernière. Donc cette décision n’a pour but que d’accroître encore la rentabilité et les dividendes versés aux actionnaire sans penser aux conséquences pour les personnels” s’indigne Géraldine Galli, déléguée CFE-CGC.

“UN SYSTEME PERVERS”

Car si sur le papier, l’opération peut sembler neutre, elle n’est en fait pas sans conséquence pour les hommes et les femmes concernés. Accepter le transfert c’est accepter quatre heures minimum de voiture, la fatigue et les dépenses qui vont avec. Ou déménager. “Ma femme travaille juste à côté d’ici, donc partir implique pas mal de bouleversement, surtout à 55 ans” témoigne Michel Gadon, entré dans l’usine en 1972. “Moi j’ai une vie en dehors de l’usine. Je m’occupe par exemple d’un club de foot. Je n’ai pas envie de tout abandonner. Ma vie personnelle compte aussi. Pourquoi j’irai tout sacrifier à mon âge pour une entreprise en qui je n’ai pas confiance” dit Laurent Pavie, CFTC, 48 ans. “Sans compter qu’on ne sait pas ce qu’ils vont nous proposer là-bas, on ne sait rien, voilà le problème”.

Depuis le mois de mai, lors des réunions de négociations, l’intersyndicale a en effet demandé plusieurs fois à voir le nouvel organigramme répartissant les 220 salariés normands et parisiens sur de nouveaux postes à Montataire. Mais on leur a répondu qu’il n’y en avait pas encore. “Ils nous disent qu’ils le feront quand ils sauront combien de salariés acceptent le transfert. C’est donc qu’ils anticipent déjà des refus. Mais on ne va pas accepter si on ne nous dit pas ce qu’on va faire là-bas ! Et même si tous les salariés ne suivent pas et qu’il y a des licenciements, s’il y a bien 220 places prévu comme ils l’affirment, ils n’auront qu’à embaucher. Donc on ne comprend pas bien leur logique… Ou alors, c’est un plan social qui ne dit pas son nom! suggère David Decaux, de la CGT.

yann-200.1253786842.jpgL’idée d’un plan social déguisé est dans la tête de tous les délégués. “C’est un système assez pervers. Plutôt que d’annoncer des licenciements qui vous donnent une mauvaise image auprès des médias et des élus et qui risquent de faire bloquer l’usine par les salariés, vous proposez un transfert en sachant que beaucoup de salariés qui ont une famille, un conjoint qui travaille et une maison à crédit ne quitteront pas Grand-Quevilly, surtout en temps de crise. C’est une façon de culpabiliser le salarié, le rendre responsable d’une décision qui le dépasse. Mais aux politiques vous pouvez dire “vous voyez nous ne créons pas de chômage, c’est eux qui ne veulent pas travailler” s’indigne Yann Avenel.

SOUS-TRAITANTS

Et puis il y a les conséquences sur le bassin d’emploi rouennais, déjà durement touché par les suppressions de postes. La fermeture du site de Grand-Quevilly est une nouvelle manne de travail qui disparaît pour une vingtaine d’interimaires, et pour des entreprises sous-traitantes : gardiennage, ménage, maintenance, cantine, et un atelier de personnes handicapées situé à Bapeaume-les-Rouen.

“Une quinzaine de personnes de notre centre travaillaient dans un atelier pour étiqueter les pots de peinture” confirme au téléphone Aline Frénois, directrice de l’ESAT du Cailly, établissement d’aide par le travail de personnes handicapées. Nous avons encore quelques mois devant nous pour gérer le tournant mais pous nous c’est une vraie difficulté.” Voyant plusieurs de ses clients industriels particulièrement touchés par la crise, l’ESAT du Cailly s’attèle depuis quelques mois déjà à diversifier son activité. “Depuis fin 2008, nos carnets de commandes ont souffert. Alors nous nous orientons désormais vers des secteurs qui nous semblent plus stables, comme l’entretien d’espaces verts ou le recyclage par exemple. Nous retraitons désormais tout ce qui est téléphonie. On mute en quelque sorte !” explique Aline Frénois.

LOIN DU G20

david-200.1253786904.jpg“L”humain ne rentre pas en ligne de compte en fin de compte. Ils ont acheté une marque, pas des hommes. Ceux qui vont rester sur le carreau, ils s’en foutent” s’emporte David Decaux. “Le groupe a racheté ICI Paints 11 milliards, et la valeur marchande de l’entreprise c’était 7,5 milliards, donc la différence, ils vont bien la récupérer quelque part ! En faisant des synergies, des réductions de coûts. Ce que cherche AkzoNobel c’est à faire des économies rapidement. Ce sont les financiers qui mènent la barque chez nous, pas des stratèges industriels qui voient dans le long terme !” déplore Géraldine Galli. “Avant on savait maintenir l’emploi, on réinjectait l’argent dans les entreprises. Maintenant tout va pour les actionnaires” ajoute Fabrice Chevreul, de FO.

Au fond de la zone industrielle de Grand-Quevilly on se sent bien loin de la réunion du G20 à Pittsburgh. “Ces grandes réunions c’est pour calmer l’opinion publique, c’est tout ! Les hommes politiques ne sont rien du tout par rapport aux gros groupes industriels mondiaux. ArcelorMittal, à Gandrange, Sarkozy avait dit que ça ne fermerait pas, mais M.Mittal a fermé ! Et c’est partout pareil “ lance Yann Avenel. “Il faudrait que l’humain soit remis au centre des préoccupations mondiales, et pas ces histoires de gros sous” ajoute David Decaux d’une voix forte. Amer Laurent confie doucement “Moi j’ai voté toute ma vie. Mais la prochaine fois j’irai pas. J’ai été trop déçu”.

Publié dans Ce que je sais

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