TANNAY : Marée blanche

Publié le par Espiel71 Militante

Nouveau stade atteint dans la grève du lait. Hier près du Chesne, plusieurs centaines de producteurs ardennais ont répandu 600 000 litres de lait.



«C 'EST impressionnant, c'est là que tu vois que les gens sont en train de crever. »
À la queue leu leu, les convois chargés de lait n'en finissaient pas d'arriver, hier après-midi, entre Le Chesne et Tannay. Une nouvelle étape a été franchie dans la grève du lait. 600 000 litres ont été répandus, dans un champ au lieu-dit Niemery. Venus des quatre coins du département, jusqu'à Rumigny à 80 km de là, plus de 60 tracteurs chargés de citernes de lait - d'une capacité moyenne de 10 000 litres - étaient rassemblés pour cette opération coup de poing. « Ça doit représenter autour de 300 éleveurs mobilisés », notait Francis Closquinet, coordinateur ardennais de l'Apli, association des producteurs de lait indépendants.
Hausse du prix et régulation
Jamais le désespoir n'avait été aussi profond. « En 30 ans de métier, c'est la première fois qu'on balance du lait comme ça », indiquaient des éleveurs du canton de Monthois, qui sacrifiaient là leur production de trois jours. « On nous reproche le gaspillage. Notre mission première c'est de nourrir le monde, mais au prix du lait, on paie à peine nos charges, sans compter nos heures. On travaille juste pour la fierté de produire. »
Loin de s'essouffler, la grève du lait entamée le 10 septembre gagne du terrain. « Le mouvement grossit chaque jour », ajoute Francis Closquinet. « Jusqu'à présent la grève mobilisait 30 % des éleveurs dans le département, mais depuis 48 heures la solidarité s'amplifie fortement, on doit frôler les 50 %. »
Pas de casquette dans les rangs des manifestants. « Pendant la guerre, des résistants, il y en avait de toutes les couleurs politiques, avec un objectif commun » déclare un producteur. « On est la base, on est le peuple. Personne ne nous commande ni ne nous fera rentrer chez nous, si le pouvoir politique ne se bouge pas. »
Grévistes ou pas, affiliés à un syndicat ou

indépendants, des éleveurs de tout bord affichaient les mêmes revendications. « Actuellement, le prix du lait est à moins de 280 euros la tonne, et on s'achemine vers une chute à 200 euros la tonne pour début 2010, alors que le coût de production se situe entre 280 et 330 euros la tonne sans la rémunération de l'éleveur », explique le représentant de l'Apli. « On demande tout de suite de passer à 350 euros la tonne et 400 € par la suite. Si on considère que le Smic horaire représente 90 euros à la tonne, ce n'est pas excessif. »
« Ça finira mal »
Mais au cœur de cette crise européenne du lait, l'aide à la vente ne suffit pas aux éleveurs. « La fixation du prix de base du lait ne peut être qu'européenne. Il faut changer le système en profondeur et opérer une régulation des volumes européens en adaptant l'offre à la demande », poursuit Francis Closquinet, qui pointe une baisse immédiate des volumes de 5 %.
Hier, l'ambiance était encore bon enfant parmi les éleveurs qui avaient envisagé dans un premier temps de déverser leur cargaison à côté du centre Leclerc de Vouziers. Mais derrière cette bonhomie de façade, la détresse pointait, laissant craindre des actions futures beaucoup moins douces.
« C'est la solution de la dernière chance, mais c'est encore une solution pacifique, dans un champ avec l'autorisation du propriétaire, dans un endroit où la circulation n'est pas dense », commentait un éleveur. « Si ça n'évolue pas, ça finira mal. » « On ne veut pas crever la bouche ouverte », ajoutait un autre.
Avant de procéder à l'épandage, la foule présente a respecté une minute de silence en mémoire des éleveurs acculés au suicide.
« L'action est montée crescendo, mais on arrive à un point où les gens vont péter les plombs », résumait un agriculteur du Chesne.

Publié dans Ce que je sais

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article